Avant de décrire l’Inde dans sa différence, il est plus facile de mettre en avant ce qui la rapproche de nous, car autant les différences il faut veiller à bien les comprendre, à bien les reproduire et à ne pas trop les juger, autant les similitudes il suffit de les citer et tout le monde comprend de quoi je parle. C’est pourquoi avant d’expliquer les coutumes et les modes de vie typiquement Indiens, tellement divers et complexes, je voudrais montrer jusqu’à quel point la globalisation a rendu nos modes de vie transposables, nous a donné la possibilité de vivre la « modernité » à n’importe quel endroit du globe, pour peu qu’on oublie ce qu’il se passe autour de nous. Ce que je veux dire c’est qu’en Inde on peut très facilement adopter un mode de vie très « occidental » et ne pas se soucier du reste.Il suffit de faire le tour des objets de consommation pour se rendre compte qu’ici on peut manger, s’habiller et vivre pratiquement de la même manière que dans les pays dits développés. Ainsi, à Pune on trouve des Mac Donald, des Pizza Huts ou des Domino’s Pizza qui ne se différencient des nôtres que parce qu’on n’y sert pas de beauf et très peu de porc, et on trouve aussi, même si ce n’est pas à tous les coins de rue, des restaurants chinois et européens ; j’ai d’ailleurs entendu parler de restaurants où l’on sert des « bons steaks bien saignants », alors qu’il faut se rappeler qu’ici la vache est l’animal sacré par excellence. Et évidemment dans les magasins modernes on trouve chips, sodas, lait en brique, bières, vins… Pour ce qui est des vêtements, bien que beaucoup d’indiens continuent de s’habiller de manière traditionnelle, ce que j’expliquerai plus tard, on a tout a fait la possibilité de transposer notre fashion style à l’autre bout du monde (mais est-ce bien le « notre » ?). Ainsi, je pense que je ne provoque pas de grosse surprise si je dis qu’on trouve dans les magasins des jeans, des t-shirts à dessin et des baskets, qui sont très prisés pas les nouvelles générations. De même, on trouve des centres commerciaux comme les nôtres (j’en avais d’ailleurs publié quelques photos dans mon premier album) avec toutes les marques globalisées : Levis, Pépé Jean, Lacoste, l’Oréal, Beneton, Nike, Addidas… Et évidemment on trouve toutes les nouvelles technologies, à des prix à peu près similaires aux nôtres d’ailleurs (donc non je ne reviendrai pas avec un portable ultra moderne acheté à moitié prix ;) Sur le câble à la télévision il y a une multitude chaînes qui passent des films américains, des séries, des émissions de télé-réalité, et sur MTV India le style des clips indiens est calqué sur les chanteurs de r’n’d américains. Pour les appartements, dans la manière dont ils sont construits et aménagés ils perdent peu à peu leurs particularités si j’en crois ce que j’ai vu dans certaines « sociétés » c’est à dire groupes d’immeubles avec des logements très modernes où sont rattachés des complexes culturels et sportifs. Avec évidemment des grosses et belles voitures bien garées dans leurs parkings surveillés. Je pense que mon propos est à peu près clair, et que ça suffit pour illustrer le fait que la modernité se trouve ici comme presque partout maintenant (je ne parle pas en terme de part dans l’espace planétaire, mais en terme de dispersion). D’ailleurs, je trouve qu’on voyait bien de quelle modernité je parle dans le film Slumdog le Millionaire. Je trouve que c’est intéressant de se le rappeler pour s’interroger à la fois sur l’indifférence et la modernité. D’abord sur l’indifférence, même si c’est très cliché de le dire je trouve que ça fait toujours peur de se rendre compte qu’ici on a presque la possibilité d’oublier qu’on est dans un pays qui a ses particularités et surtout toute une partie de sa population qui vit à la marge de cette modernité. Même si je ne veux pas décrire les particularités indiennes aujourd’hui, je voudrais seulement revenir sur les contrastes que je constate, comme par exemple le centre commercial qui donne sur des bidonvilles, ou le magasin Toyota super moderne qui donne sur une benne à ordure…Car en à côté de cette Inde moderne, qui semble d’ailleurs faire la fierté de certains, subsistent des modes de vie très traditionnels : les petites enseignes, le marchand de légumes, le marchand d’œuf, les chèvres et les poules dans la rue, les tailleurs, les femmes non émancipés, les vêtements traditionnels, une partie importante de la population qui ne sait pas lire, et une part encore plus importante de gens qui ne parlent pas anglais, pourtant 2e langue officielle du pays... A titre d’exemple aussi, j’aime garder en tête que même si quand je me promène dans la rue je vois beaucoup de grandes maisons et des immeubles, en plus des magasins de fortune il y a aussi 45% de la population de Pune qui vit dans des bidonvilles. Et j’ai cru comprendre que Pune est un exemple de nouvelle ville qui s’inscrit progressivement dans la modernité, ce qui n’est automatiquement pas applicable à l’Inde dans son ensemble. Enfin ce que je veux dire, c’est que c’est toujours surprenant de voir à quel point des éléments profondément différents peuvent cohabiter l’un à côté de l’autre, sans réellement se soucier l’un de l’autre. Là encore je ne vais pas sortir des sentiers battus si je dis que ça m’amène à m’interroger sur la modernité, mais je trouve que c’est toujours intéressant de le dire, et en plus comme ça j’apporte quelques éléments descriptifs sur ce qui se passe autour de moi. Ce que je me demande, et ce qui m’inquiète aussi en même temps, c’est cette tendance qu’on a à tous calquer nos modes de vie sur une modernité globalisée qui efface toutes les traditions et les particularités, sans se soucier de ce qui est y est vraiment bien ou pas (je sais que ce n’est vraiment pas un scoop ou une idée révolutionnaire). Et je ne dis pas que je suis contre cette modernité, car elle s’accompagne forcément d’une amélioration des niveaux de vie qu’on ne peut pas renier. Ce que je regrette, c’est cette tendance qu’a la « modernité » de trop souvent rimer avec « copier », « adopter », j’ai l’impression qu’elle reprend en bloc les attitudes occidentales et les transpose sans se demander si ça vaut vraiment le coup. Pourquoi l’Inde, mais aussi n’importe quel autre pays dans le monde, n’a pas choisit d’inventer sa propre modernité ? d’évoluer oui, mais vers quelque chose de réellement nouveau, qui tirerait des leçons des erreurs de ses voisins et pourrait servir d’exemple à tout ceux qui considèrent que la modernité qu’on a choisi n’est pas une fin en soit. Je trouve ça dommage quand je vois que certains jeunes indiens renient les traditions et les particularités de l’Inde, (par exemple ils trouvent ça bizarre que je m’achète des vêtements indiens et pour eux c’est quelque chose de ringard) même si évidemment c’est compréhensible, et même si je ne suis pas en faveur d’une société pétrifiée et immobile, je voudrais qu’ils soient un peu plus fiers de leur culture, et un peu moins envieux de la nôtre. Enfin, plus personnellement, ces interrogations sur les similitudes et les modes de vie transposables m’obligent à bien considérer mon voyage, à me redemander ce que je suis venue chercher ici et à ne pas oublier que même si profiter de la modernité à des prix biens plus faibles que chez nous c’est parfois sympa, ce n’est pas le but premier de ma venue en Inde. S’en est finie pour cette première réflexion, j’avoue que c’était probablement la plus facile, mais promis les prochaines fois je m’attaquerai aux différences, ce qui risque de s’avérer plus difficile.