Partager l'article ! Tu l’as mis où l’Tamil Nadu ?: Comme d’habi ...
Comme d’habitude point de prétentions littéraires ou analytiques, juste l’occasion de raconter et de décrire, pour votre curiosité et pour ma boîte à souvenirs. Certains détails peuvent paraître insignifiants, d’autres histoires sembleront incomplètes, mais j’espère quand même révéler à travers ces récits l’ambiance de ce pays que j’ai tellement de mal à décrire, d’une part à cause de la diversité de ses caractéristiques, et d’autre part à cause de mon impossibilité à juger ou à expliquer ce que je vois.
Quelques jours fériés pour le nouvel an Hindou (Diwali), la plupart des programmes du 1er semestre terminés, des cours qui sautent entre les exams et les élections… allez hop je m’en vais !
M’étant fixé une semaine de vacances je décidai de partir de l’autre côté de l’Inde, du côté de Chennai et Pondichery
Pas facile de trouver un moyen d’y aller : billets d’avion bien trop chers, trains pleins ultra-pleins car c’est les vacances pour beaucoup de gens… je partirai donc en bus, en faisant une escale par Bengalore, ça me donnerait l’occasion de voir un peu cette ville ultra-haute technologie, vitrine de l’Inde moderne.
Les autres élèves n’ayant pas l’autorisation de partir ou d’autres plans pour les congés, mes camarades de sciences po ayant des vacances décalées par rapport aux miennes, je décidai de partir seule, histoire de voir comment ça fait, et puis de toute façon ici on n’est jamais vraiment seul.
Sac tout neuf et tout plein, sifflet autour du cou en cas de soucis (merci Rutuja pour le cadeau ;) ) après un spectacle de danse impressionnant à Pune samedi soir, je n’avais plus qu’à rejoindre mon bus et c’était parti pour l’aventure!
Donc je prends un rikchaw, après avoir négocié un peu, le chauffeur a eu beau m’appeler « baba » (surnom affectif indien) je n’accepte pas sans protester les énormes « night charges » qu’il tente de m’imposer, oui comme d’habitude dès qu’il fait nuit, ils s’arrangent pour demander bien plus de roupies que prévu, direction arrêt de bus à l’autre bout de Pune.
J’arrive au point de rendez-vous avec 40 min d’avance, mon bus étant à 22h30, ça me laissait le temps de manger une omelette à emporter et discuter avec les gens autour pour être sûr que j’étais bien au bon endroit.
Je rencontre un étudiant de Pune qui part pour Mumbai, il va voir au guichet du bureau de la compagnie de bus qui lui confirme que je suis bien au bon endroit. Finalement à 22h20 un employer de compagnie vient consulter mon billet pour m’annoncer que je dois aller à un autre point de rendez-vous, 500m plus loin. Petit sprint - j’arrive à un second bureau.
Je demande si « c’est bien ici le bus jusque Bengalore » on me dit « oui », enfin… « il faut attendre un navette qui va vous emmener à un autre point de rendez-vous »… plus aucune place dans la première navette, mais on me dit que c’est « no problem », « vous pouvez prendre la prochaine », « - oui mais je ne vais pas raté mon bus ? » « - non non, le bus vient de Mumbai, il faut lui laisser le temps d’arriver ! »
Donc j’attends la navette, qui arrive 30minutes plus tard, il y a 15 places assises mais on nous bourre à 30 dedans, avec les bagages et les enfants qui pleurent, je priais pour qu’on arrive le plus vite possible.
On arrive au point de rendez-vous 20min plus tard, en banlieue de Pune, il fait noir, il fait froid et le bus n’est pas là. Evidemment personne ne se plaint, donc je fais comme tout le monde je ne m’inquiète pas et grignote mes biscuits en regardant le paysage.
Enfin, à 12h30 le bus arrive, je trouve ma place, c’est semi-sleeper car il n’y avait plus que ça, donc un siège qui s’incline, je m’installe à peu près et tente de dormir, partie normalement pour 15h de bus.
Il faut savoir que les conducteurs de bus en Inde ont une visions totalement différente de la notre dans la conduite, ils vont à toute vitesse, klaxonnent un max, doublent à gogo par la gauche ou par la droite, et nous secouent dans tous les sens.
Donc après une pseudo-nuit je me réveille et discute un peu avec les gens autour de moi. Je rencontre une jeune fille et sa mère (grand mère ?pas osé demander), qui m’offrent gentiment le repas lors de la pause déjeuner dans une « aire d’autoroute » = un restaurant, des toilettes sales et quelques enseignes au milieu de la nature. Par hasard je leur demande vers quelle heure à peu près on risque d’arriver à Bengalore, et là elles m’annoncent de manière très sereine qu’on y serait pas avant 18h30.
Donc ma visite de la ville de Bengalor tombait à l’eau.
Finalement on est arrivé à 20h, mon prochain bus vers Chennai partant à 22h j’ai juste eu le temps de trouver le point de rendez-vous et de manger un très bon Tali (plat typique indien) servi sur une feuille de banane dans un restau relativement calme, qui m’a remonté le moral après la déception provoquée par mon escale ratée.
Mon second bus n’a pas pris de retard et je suis bien arrivée à Chennai comme prévu à 6h30 du matin le lendemain. (Tant mieux car cette fois ce n’étais pas semi-sleeper mais complitly assise, -oui il a fallu que je tombe sur le seul siège qui ne s’inclinait pas…)
C’est Chennai mais avant ça s’appelait Madras, c’est une manière pour les indiens de revendiquer leur liberté par rapport à leur héritage colonial qui a laissé traîné par mal de noms propres, notamment pour les lieux
Donc ils donnent à leurs ville des noms plus indiens et Madras est devenue Chennai, comme Bombay est devenue Mumbai, comme Pondichéry est devenue Puducherry…
En arrivant, malgré les remarques désobligeantes du Routard sur la métropole, Routard facilement sévère avec tous les sites qui ne sont pas classés au patrimoine mondial, la ville ne m’a pas paru si désagréable qu’annoncée.
Le bus m’avait déposé à la gare, où j’ai pu prendre un petit déjeuner et aller aux toilettes : au choix -urinoirs 100% cracra et à la vue de tout le monde/ ou toilettes à la turc (euh..à l’iranienne pardon Fatameh) inondées mais un peu plus intimistes.
Ca paraît des détails comme ça, mais quand on n’a pas d’autres endroits où aller, ça prend soudain une part beaucoup plus importante dans notre quotidien.
Il y avait aussi des douches et des lavabos, dans le même état, où j’assistai non sans compassion à la toilettes de celles qui n’étaient probablement pas de passage, mais qui, faute d’avoir leurs propres habitats, viennent dans cette salle de bain commune quotidiennement.
La gare centrale de Chennai est un très beau bâtiment rouge et ancien. L’intérieur est relativement neuf et calme comparé à d’autres gares que j’ai vues, cela s’explique certainement par le fait que les gens dormant à même le sol sont chassés par les vigiles présents dans l’enceinte, mais surtout par les nombreuses rangées de sièges qui sont installés dans les hall d’attente, tous dirigés vers de grands écrans plats diffusant des publicités sur des airs de Bollywood. Je regrettais de ne pas avoir d’appareil photo car l’image d’une foule assise et calme dans une gare, et en Inde, m’a parue percutante.
Aussi j’aurais beaucoup aimé prendre en photo le « Vision is a gift from God » inscrit en gros sur la façade d’un opticien parmi les nombreuses enseignes implantées dans la gare.
J’avais déjà remarqué, quand les indiens sont chrétiens ils ont besoin de l’exprimer, et on trouve facilement des messages du type « Jesus i love you » au abord des bâtiments religieux ou alors des icônes de Jésus collées sur des murs ou posées à même le sol à côté d’un bâton d’encens…
Après une longue pause ‘petit déjeuner et observation’ à la gare, j’ai fait la visite de Chennai :
- Pris un bus bondé jusqu’à la plage de Chennai un peu morte à cette heure là mais pas trop mal, avec son beau jardin accolé à la digue
- A 2/3 km de là un fort encadrant des bâtiments administratifs, une église datant de l’occupation anglaise et un musée sur le passé colonial de la ville et du fort
- Encore un peu plus loin, le quartier des bazars très animé
Il faut avouer que Chennai est une grosse ville polluée et bruyante, et où la pauvreté m’a parue importante, mais on y voit plusieurs vieux bâtiments bien conservés, les gens sont agréables et le quartier des bazars à un côté charmant.
Après ces visites j’ai passé un bon moment à chercher un hôtel. J’ai marché jusqu’à l’hôtel de l’armée du salut pour qu’on me dise « c’est plein », je suis retournée du côté de la gare dans un autre hôtel bon marché conseillé par le routard pour qu’on me redise « c’est plein », fini par prendre une chambre double alors que j’étais toute seule dans un hôtel conseillé par le gérant de l’hôtel conseillé par le routard…parce qu’il était déjà 17h et à partir de 17h il fait nuit.
Pour prendre le bus pour quitter Chennai il faut d’abord prendre un premier bus qui nous amène à la grande gare routière de la région, réputée l’une des plus grande d’Asie, mais où on trouve toujours quelqu'un de gentil pour nous aider à nous repérer.
Parathèse : - Illustration des effets causés par le renomage intempestif des lieux indiens :
(Une fois trouvée la bonne plate-forme je demande le bus pour « Mahabalipuram » on me dit « voie 7 », je me dirige à cette voie où est affiché « Mamallapuram », je me dis ‘tiens ils ont du faire une faute d’orthographe’, mais comme je vois des touristes dans ce bus j’en déduis que c’est le bon, donc je demande au contrôleur un ticket pour Mahabalipuram…il me donne un ticket Mamallapuram ! après un instant de réflexion et un zieutage dans le guide touristique j’ai compris…c’est enfait la même ville mais qui elle aussi a été renommée)
Trajet jusque Mamallapuram 2h30, très tranquille.
Une fois arrivée là bas, je n’avais qu’une envie c’était de trouver une chambre où poser mon gros sac de routarde à la moutarde. Dans mon guide il y avait une adresse de guesthouse qui me tentait bien, mais n’ayant pas de plan je vadrouillais dans les rues du petit village quand une vieille dame sorti d’une petite maison et me lança « Erwan Danussiii Cottaaaage ? »
Eh oui ! c’est bien ça que je cherchais, elle a du en voir défiler des routards pour être aussi sûre de son coup…
J’ai donc logé chez Madame Frida, environ 70 ans et sa fille qui venait d’avoir un petit bébé, dans une adorable petit maison bleue, avec les sanitaires dans la cours.
Mahabalipuram est un charmant petit village avec des maisons colorées, des boutiquiers agréables qui doivent souvent voir passer les touristes, beaucoup de tailleurs pierre, des restaurants qui servent du bon poisson et une plage où l’on peut se poser tranquillement en fin de journée.
On y vient pour y voir : une colline habitée par des grosses masse de granites, parmi lesquelles on peut se promener tranquillement et admirer les statues et les temples gravés dans la roche, sur la plage un temple datant du VIIe siècle presque intact et plus loin une série de 5 rochers taillés en forme de chars à l’honneur des dieux. Les deux sites étant classés au patrimoine mondial, ça ne pouvait que plaire au Routard, et j’avoue que ça valait la peine de se déplacer pour les voir, mais c’est surtout parce que l’ambiance du village était vraiment agréable et reposante que je garde un bon souvenir de cette visite.
En tout cas je pense que les commerçants de l’endroit m’ont plutôt apprécié car je me suis un peu plus laissée amadouer que d’habitude.
J’ai rencontré un tailleur de pierre qui a réussi à m’avoir avec ses bases de français, on a commencé à discuter et ensuite je n’ai pas pu résister je lui ai acheté une petite statue de Ganesh sans trop négocier le prix.
Le soir j’étais censée m’acheter de vêtements car il y avait des articles pseudo-indiens- pour touristes- baba-cool- qui me plaisaient bien dans les boutiques, finalement je me suis retrouvée à discuter pendant plus d’une heure avec un marchand de pierres, qui m’a expliqué le pouvoir qu’elles pouvaient avoir, celles qui me convenaient le mieux en fonction de ma date de naissance, ce que son pendule disait de ma personnalité…je n’ai pas forcément tout cru de ce qu’il disait, mais c’est tout de même intéressant à écouter.
Enfin, j’ai quand même un peu regretter après car je lui ai acheté des bijoux, un sac et une boîte, et du coup je n’avais plus d’argent pour les vêtements…
J’ai passé la nuit chez Frida et le lendemain matin j’étais déjà repartie sur d’autres routes. Avant mon départ, en prenant mon petit déjeuner samouse-chaï j’ai rencontré un autre marchant de pierre et son ami français qui m’ont bien aidé pour trouver le bus pour Pondichéry.
La route de 2h30 de Mahabalipuram à Pondichery est magnifique car le bus longe des côtes ensoleillés et des champs verts comme je les aime. J’ai fait une partie du voyage débout et après j’étais assise à côté d’une indienne qui ne parlait pas anglais ; elle a voulu savoir ce que j’écoutais dans mon lecture mp3 alors je lui a fait écouter T Rex mais elle n’a pas trop apprécié (ce qui ne l’a pas empêché d’appeler toutes ses copines qui étaient dans le bus aussi pour qu’elles viennent tester mes écouteurs). Après, elle voulait que je lui donne mes vêtements pour son bébé qui n’en avait pas, mais je lui ai gentiment fait comprendre que c’était moyennement possible.
Quand je suis arrivée à Pondich’ ça ne m’a pas paru très plaisant comme endroit, au niveau de la gare routière il y a beaucoup de trafic et rien de spécialement agréable pour les sens.
Mais en réalité, une fois dans le quartier dit français j’ai compris le charme de cette petite ville. Des petite maisons colorées et très jolies, des rues ‘Romain Roland’, ‘François Martin’ ou ‘de la caserne’ indiquées sur des panneaux bleus à la française, des rues pavées, des rues tellement calmes dans un pays tellement agité….
Et j’ai mangé dans un restaurant où ils proposaient de la salade de tomate, de la vraie, avec de l’assaisonnement, et du pain ! du vrai pain ! ça faisait 3 mois je crois bien que je n’en avais pas mangé…car à Pune on ne trouve que du pain de mie et surtout pas boulangerie à proximité.
Il n’y pas grand chose à visiter, mais ce qui est à voir est intéressant, quelques églises (dont une vraiment kitch), un ancien cimetière colonial avec des tombes multi-tailles et multicolores, un temple gardé par un éléphant et un centre de méditation. Et il y a aussi une plage, qui est plutôt une digue qu’une plage, tout de même agréable.
Après avoir passé la journée à visiter Pondichery il m’est arrivé ce qu’on appelle un « coup de bol ». Je m’apprêtais à aller m’installer dans un café qui donne sur la plage pour lire un livre au bord de l’eau quand j’ai vu au loin des têtes que je connaissais….les français de sciences po qui passent cette année à Delhi ! Elément inattendu mais très plaisant, je me suis retrouvée à passer la soirée avec eux dans un restaurant de Pondichéry.
Et surtout, quand je les ai rencontré ils m’ont demandé ce que je faisais dans la région, donc je leur expliquai que mon plan pour le lendemain était d’aller à Auroville, c’est là qu’ils me dirent que ça tombait bien car le soir même au restaurant serait un ami français à eux, aussi étudiant à Delhi, qui était pour quelques jours à Auroville dans la maison de sa sœur !
Voilà comment je me suis retrouvée à rencontrer celui qui m’a hébergé et fait visiter Auroville.
J’avais prévu de passer quelques jours à Auroville, car j’avais vu un documentaire sur ce village l’année dernière, et le concept m’avait intéressé. Pour résumer, Auroville est un lieu créé en 1968 par 5000 partisans de la pensée de Sri Aurobindo (gourou philosophe indien) et surtout sa compagne spirituelle ‘La Mère’, le but était de créer une communauté organisée sans hiérarchie, sans principe de propriété, sans école obligatoire, où l’argent est banni…pour faire plus simple, petit aperçu de la Charte lue par la Mère à l'inauguration d'Auroville :
1. Auroville n'appartient à personne en particulier. Auroville appartient à toute l'Humanité dans son ensemble. Mais pour séjourner à Auroville, il faut être le serviteur volontaire de la Conscience Divine.
2. Auroville sera le lieu de l'éducation perpétuelle, du progrès constant, et d'une jeunesse qui ne vieillit point.
3. Auroville veut être le pont entre le passé et l'avenir. Profitant de toutes les découvertes extérieures et intérieures, elle veut hardiment s'élancer vers les réalisations futures.
4. Auroville sera le lieu des recherches matérielles et spirituelles pour donner un corps vivant à une unité humaine concrète.
(Pour en savoir + : http://www.auroville.org/vision/adream_french.htm)
A part la notion de « conscience divine » un peu douteuse, le rêve me semblait plutôt bien, et je voulais voir ce que ça donnait dans la réalité, comprendre un peu comment se met en place un tel type de société. Finalement je n’ai pas vraiment tout compris, et je n’ai pas rencontré d’Aurovilien à même de m’expliquer. Il semble qu’il y est effectivement un partage des ressources et l’absence de propriété dans le sens où les habitations des Auroviliens ne leur appartiennent pas vraiment mais appartiennent à la communauté, mais en même temps certains habitants ont des super maisons et d’autre vivent dans des huttes, il y a bien un panier de biens distribués à tout le monde mais rien n’empêchent les habitants d’avoir leurs propres ressources à côté, et pour pouvoir devenir Aurovilien il faut avoir assez d’argent pour s’entretenir un an sans travailler…
Il n’empêche que le lieu et l’état d’esprit qui s’y trouvent sont très agréables. Apparemment les Auroviliens en ont un peu marre qu’on leur pose pleins de question, mais il y a un centre pour les visiteurs qui est plutôt bien fait pour expliquer au moins l’origine et l’ambition du lieu.
Et la vie est si paisible dans ce petit coin de paradis sans voitures, sans publicités, au soleil, en pleine nature. Ca ressemble à une grande foret où les habitations, les écoles, les magasins, les fermes, les restaurants, la bibliothèque, le centre de recherche et les bâtiments administratifs sont repartis sur environ 10km² ; donc Medhi m’a baladé à travers tout ça sur sa mobylette qu’il avait loué pour son séjour. Les bâtiments sont beaux, propres et d’apparence plutôt moderne, avec un effort d’architecture important, ce qui m’a plutôt surpris car je m’attendais à des habitations et des installations très modestes. Les articles vendus dans les magasins (vêtements, cosmétiques, instruments de musique, aliments…) sont bien faits et bien exposés, la nourriture dans les restaurants est bonne et diversifiée. J’ai pu retrouver le goût d’un café noir et d’un bon bout de gâteaux, ou encore d’une tarte à la provençale avec des frites dans un restaurant tenu par une française - Car évidemment, dans cette communauté qui demande un certain capital financier et culturel pour s’intégrer, on ne trouve pas beaucoup d’indiens et je ne sais pourquoi, au moins 35% de français.
J’étais étonnée de me retrouver dans un tel confort, une telle propreté, une telle modernité, dans une Inde si pauvre, et si sale il faut l’avouer. J’ai apprécié de constater l’effort des Auroviliens pour avoir un mode vie très écolo, que ce soit dans leurs alimentation ou leur manière de concevoir les bâtiments et l’énergie, efforts d’autant plus louables que la société date de 1968, quand le bio n’était pas encore à la mode.
Enfin, moi qui m’attendais à tomber plus ou moins sur une bande d’illuminés ou de hippies ramollis, je pense que Auroville est un projet géré avec sérieux et réalisme, y travaillent des architectes et des ingénieurs (pour tout ce qui est énergie et agriculture) expérimentés, il y a même une clinique avec des médecins diplômés, et le centre de recherche et de conférence témoigne d’une certaine sagesse.
Au milieu de Auroville il y a une espèce de boule dorée, à l’intérieur de laquelle seuls les Auroviliens peuvent aller méditer, c’est le Matrimendir, censé représenter le centre spirituel de la communauté, que de nombreux touristes viennent chaque jour photographier sans vraiment comprendre de quoi il s’agit.
Je n’ai pas vraiment compris la spiritualité des Auroviliens, mais en tout cas j’ai cru sentir que ça dépend vraiment des individus, certains viennent pour l’expérience spirituelle et la recherche, d’autres plutôt pour le côté communautaire, d’autres pour les recherches écologiques, et d’autres encore viennent seulement pour leurs vacances dans ce village confortable qui donnent sur la plage.
J’ai passé 2 jours à me reposer dans cet endroit et après il était temps pour moi de rentrer, mais je pense que si j’avais l’occasion de revenir plusieurs jours à Auroville je le ferai sans hésiter, à la fois pour son côté apaisant et confortable, mais aussi pour continuer à mieux comprendre comment elle est gérée. En attendant j’ai acheté le livre d’un Aurovilien qui raconte son expérience, j’espère ainsi en apprendre un peu plus.
Après un repas avec les sciences po à Pondichery j’ai pris la route du retour jusqu’à Chennai, sous le feux des pétards et des feux d’artifice qui fusaient de partout pour mon anniversaire euh..pardon pour Diwali (le nouvel an indien), 4h de bus où j’ai rencontré un expert en reptiles. Et ensuite j’ai réussi à obtenir un ticket train couchette pour faire les 24 heures très très longues de trajet jusqu’à Pune, ponctuées par la rencontre avec un groupe de pèlerins qui rejoignait un temple sacré du Maharastra, un ancien serveur du Taj Mahal à Mumbai et une jeune indienne en sari doré qui m’a offert quelques unes des pâtisseries qu’elle avait préparé pour diwali.
Pour finir je dirai que évidemment, j’ai beaucoup beaucoup aimé ce voyage. Je n’ai pas trop souffert de la solitude, mais en même temps diverses rencontres intermittentes ont égaillé mes trajets, et puis surtout la rencontre avec les sciences po a fait que je n’ai passé que la moitié de mon voyage réellement seule, sans regret d’ailleurs.
Mes diverses visites m’ont une fois de plus amener à m’interroger sur ce que c’est qu’être étranger en Inde. J’avais déjà testé les ambiances du quartier des expatriés à Pune où se concentrent essentiellement des élèves du centre de méditation Osho (très réputé il paraît), déjà vu passé les nombreux élèves essentiellement blancs du club de yoga au bout de notre rue, cette fois j’ai vu les boutiques à Mahabalipuram, l’ashram et le confort occidental de Pondichery, ainsi que la spiritualité de Auroville.
J’observais une fois de plus en quoi l’Inde a un côté attrapeur de baba-cool, comme cette dame qui venait passer trois mois à Auroville, « pas comme touriste », « surtout pas », mais pour « trouver la vérité », sans la moindre intention de participer ne serait-ce qu’un peu au travail de la communauté. Evidemment j’admire aussi la philosophie indienne, son côté apaisant et relativisant, et si j’ai l’occasion de faire du yoga j’en ferai. Inévitablement, je resterai toujours une étrangère avec son goût pour le confort, la propreté et les choses pas compliquées.
Seulement, j’espère ne pas devenir aussi cliché que tous ces gens qui réduisent l’Inde à un parc d’attraction pour hippies sur le retour, qui viennent manger des veg-burger, loger dans des logements confortables et voyager en taxi, se réunir entre eux pour s’adonner à la méditation ou « la recherche de soit », s’habiller avec des vêtements ‘ethniques’, oui mais de quel pays ? et prétendre partout autour d’eux qu’ils font quelque chose de différent, d’exceptionnel, tellement proche de la vérité, après s’être adonner à une pseudo méditation. Au final, une « recherche de soit » qui a trop tendance à oublier les autres et la réalité. Car l’Inde ce n’est pas seulement ça, ce n’est pas seulement le yoga, l’encens, le soleil et des regards plus hagards que pacifiés, c’est aussi, pour le meilleur et pour le pire, l’Hinduisme, l’Islam, la pauvreté, la saleté, les crimes, la corruption, la pollution, la recherche d’une modernité, les fêtes, la musique, l’art, les temples, les forts, les palaces, les maharajas, les plages, les montagnes, le chaud, le froid, les champs, la ville, les mégalopoles… un mélange de cultures innombrables à découvrir et surtout autant de manières de voir que d’habitants.
Sinon, pas de photos pour cette fois car mon appareil n’est pas encore réparé, mais j’ai pris quelques images avec un appareil jetable et j’essaierai de récupérer des photos de mes moments avec les sciences po.
La recherche de soi